août 2018

En vacances, connectés et… heureux

Selon une enquête publiée par la société d’intérim online QAPA début Juillet, 62% des Français interrogés traiteraient leur appels et emails professionnels pendant leurs vacances. Ce qui pourrait ressembler à une forme d’esclavage moderne semble pourtant satisfaire une large majorité des intéressés.

 

Pas de coupure pendant les vacances

Il semble être devenu normal pour une majorité de salariés français de traiter ses appels et mails professionnels pendant ses vacances. 42% reconnaissent même se connecter plusieurs fois par jour à leur messagerie professionnelle. Seuls 17% des salariés ne consultent jamais leurs emails professionnels. On peut même penser que la « perte de connexion » avec l’entreprise pendant les congés devient en elle-même une source de stress puisque 68% des sondés se disent plus sereins en conservant ce lien.

 

Une situation qui semble leur convenir

41% seulement des salariés indiquent que cela les gêne, les 59% restants semblant considérer cette situation comme normale. Pour autant, ils ne se voient pas comme des accros du boulot. 18% reconnaissent être « workaholics » mais 61% ne se considèrent pas comme des travailleurs acharnés. Pour se justifier, ils indiquent qu’ils ne sont pas des cas isolés et qu’à 52% leurs collègues font la même chose. Plus étonnant, ils pensent que cette attitude est bien acceptée par leurs proches (58%). Un sondage mené auprès des proches arriverait-il à la même conclusion ?

Loin de voir cette attitude comme une contrainte, ils sont même 79% à penser que les nouvelles technologies les aideraient à passer de meilleures vacances et que finalement, ils parviendraient malgré tout à se reposer et à déconnecter.

 

Le « blurring » : une réalité

Pour Thierry Bobineau, Directeur Marketing d’Horoquartz, « Il convient d’être prudent avec ces chiffres car par définition, ils ne concernent que des salariés qui ont une « connexion » avec leur entreprise. Il y a encore des millions de salariés qui ne sont pas « connectés » via une messagerie professionnelle (opérateurs de production, nettoyage, travaux publics…). Ils restent donc en dehors du scope de ces différentes études et rendraient probablement les chiffres moins spectaculaires à l’échelle de tous les salariés françaisMalgré tout, le blurring* est une réalité, même si le phénomène n’est pas aussi récent qu’on veut bien le dire. Son développement coïncide avec le développement des outils nomades. Plusieurs études ont montré que 8 cadres sur 10 sont dérangés pour des raisons professionnelles en dehors de leurs horaires de travail. Pour être équitable, il faudrait aussi rappeler que pratiquement la même proportion traite des problèmes personnels pendant ses horaires de travail. »

 

Mais un phénomène difficile à encadrer

Par nature, le « blurring » est difficile à évaluer par les systèmes de gestion des temps. Un appel passé à ou par un salarié en dehors de ses horaires normaux ou pendant ses congés ne sera que très rarement tracé, sauf si éventuellement sa durée est exceptionnelle (un long dépannage à distance par exemple). Et inversement, des problèmes personnels gérés pendant le temps de travail, ne feront que très rarement l’objet d’un décompte dans le système de gestion des temps sauf en cas d’abus avéré.

Si ces situations restent exceptionnelles, tout le monde peut s’en accommoder. L’employeur grâce au surcroît de flexibilité apporté, et le salarié, qui peut traiter au fil de l’eau un certain nombre de sujets, éviter de se retrouver envahi à son retour de congés, et éventuellement trouver un peu de souplesse dans ses propres horaires de travail.

Mais, les risques de dérives sont certains. C’est pour cette raison que le législateur a prévu le droit à la déconnexion (Article L2242-8), applicable au 1er janvier 2017. Même si le dispositif n’est pas très contraignant dans les faits, il a au moins le mérite d’amener les entreprises à réfléchir à ce sujet et à prendre des mesures correctives le cas échéant.

Sur le même sujet : droit à la déconnexion, un dispositif ambivalent


(*) blurring : du verbe anglais « to blur » : brouiller, flouter, estomper. Transposé dans le monde du travail, « blurring » est utilisé pour signifier l’abolition des frontières entre vie professionnelle et vie personnelle.

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